Comment tout a commencé : l’histoire de Cult Baku à travers le regard de sa fondatrice — entretien avec Nazrin M. pour heritageazculture.com

Quand une idée devient une vocation

Avant de fonder le Cult Club, Nazrin enseignait à l’Université franco-azerbaïdjanaise (UFAZ). Après son retour de Londres en 2017, cette étape s’est imposée comme la suite naturelle de son parcours académique.

« Au début, j’enseignais simplement en ligne tout en m’occupant de mon mari et de mon fils. Cependant, j’ai toujours ressenti un besoin profond de faire davantage. Londres m’avait transmis cette culture des clubs privés. J’ai commencé à travailler sur l’idée du club alors que j’enseignais encore à l’UFAZ. Au départ, il s’agissait d’un projet social entièrement gratuit. Plus tard, nous avons créé une société et lancé un site web. Tout a commencé comme une initiative sociale. Au fil du temps, je me suis également passionnée pour l’entrepreneuriat social. »

Son déménagement à Londres a été déterminant. C’est là qu’elle a découvert l’atmosphère des clubs privés, tels que le légendaire Soho House.

« C’est grâce à mon mari, qui m’a initiée à cette culture, ainsi qu’à un ami qui m’emmenait assister à des conférences. En entrant dans ces clubs, j’ai rencontré leurs dirigeants et je me suis renseignée sur leur programme mensuel. C’est ainsi que mon expérience avec ce type de clubs a commencé. J’ai même rédigé une lettre de motivation pour y être admise. Mais nous sommes ensuite retournés à Bakou. C’est alors que l’histoire de Cult Baku a commencé. »

Selon Nazrin, le nom du club est né de ses réflexions sur la culture.

« J’avais le sentiment que notre société n’accordait pas suffisamment d’attention à la culture. Pourtant, comme toute autre nation, nous avons beaucoup à partager avec le reste du monde. Chaque individu entreprend son propre voyage. Lorsque l’esprit et le cœur sont en harmonie, ce chemin vous guide naturellement dans la bonne direction. »

Il n’existe pas de personnes sans talent, seulement des personnes qui ne se sont pas encore trouvées

Nazrin ne se faisait aucune illusion.

« Je n’ai jamais pensé que Cult deviendrait soudainement populaire », explique-t-elle, soulignant qu’elle savait que la demande ne viendrait que si la qualité de l’expérience proposée était réellement élevée.

« C’est pourquoi mon équipe et moi travaillons sans relâche afin que les participants reçoivent quelque chose qui nous passionne nous-mêmes. Sans cela, les attentes ne correspondent pas à la réalité. Finalement, tout s’est avéré bien meilleur que ce que j’avais imaginé. Le plus important est de faire le premier pas. C’est alors que le chemin apparaît. »

Malgré son succès, le parcours du club n’est pas exempt de difficultés. L’une d’elles est l’imprévisibilité des priorités du public.

« Je suis surprise de constater que, pour certaines personnes, il est plus important de savoir qui sera présent et avec qui elles pourront prendre une photo que de connaître le contenu même de la rencontre. D’un autre côté, le club est souvent une source de découvertes inattendues. Beaucoup de gens nous rencontrent pour la première fois, et c’est précisément ce qui rend l’expérience si attrayante. Les réactions au questionnaire d’admission et au droit d’entrée obligatoire ont également été inattendues. Nous expliquons qu’il ne s’agit pas d’une barrière, mais d’une garantie de qualité. »

Lorsqu’elle parle d’art, Nazrin ne s’exprime pas en tant que conservatrice ou experte, mais comme une personne pour qui l’art est devenu un repère intérieur.

« L’art est une manifestation du talent humain. Il n’existe pas de personnes sans talent, seulement des personnes qui ne se sont pas encore trouvées. Lorsque je contemple le tableau “Matin de printemps à Bakou” de Sattar Bahlulzade, je comprends immédiatement que ma journée sera différente. De même, lorsque j’écoute les préludes de Bach, je ressens instantanément quelque chose bouger en moi. L’art permet de se redécouvrir, même lorsque l’on n’y est pas directement lié. »

Le patrimoine est ce que nos ancêtres nous ont légué à travers leur travail, leur créativité, leurs actes et leurs pensées

Comment sortir des « spirales négatives » ?

La réponse de Nazrin est à la fois spirituelle et pratique :

« Jusqu’à mes trente ans, je pouvais me permettre de souffrir. Aujourd’hui, je comprends que la souffrance prive l’être humain de son esprit. Or, ce n’est pas la vocation de l’esprit. Je prie, je récite des zikrs et je parle avec mes proches, et cela me ramène à l’essentiel. Parfois, une simple promenade ou une conversation avec son enfant procure un immense soulagement. Le jeûne du Ramadan est également une forme de purification, car l’esprit et le cœur y travaillent à l’unisson. »

Pour Nazrin, le patrimoine n’est pas seulement une histoire, mais aussi un guide d’action.

« Le patrimoine vit même dans l’écriture manuscrite. Il représente l’ensemble des traces laissées par les générations précédentes. Le patrimoine est ce que nos ancêtres nous ont légué à travers leur travail, leur créativité, leurs comportements et leurs pensées. Bien sûr, il est important de le préserver tel qu’il nous est parvenu. Mais il est tout aussi important d’en tirer des enseignements et d’apporter des améliorations au présent afin de construire un avenir meilleur. Ainsi, le patrimoine est également une manière d’apprendre à vivre et à se comporter. »

Nazrin partage volontiers ses lectures favorites, des classiques aux auteurs contemporains.

« Les Aventures de Tom Sawyer constituent un véritable guide sur la manière de se comporter et sur les conséquences que peuvent avoir nos actes, surtout lorsqu’il y a un garçon dans la famille.

J’aime énormément les œuvres de Françoise Sagan. Lorsque je me suis plongée dans Bonjour tristesse, je suis revenue en arrière pour relire tout ce que j’avais déjà lu. Cela coïncidait peut-être avec la période romantique de l’adolescence.

J’aime également beaucoup les biographies. Celles du prophète Mahomet, de Steve Jobs et de Winston Churchill m’ont profondément influencée. Qui aurait cru que Churchill aimait travailler allongé et qu’il était ainsi plus efficace que bien des personnes dans un bureau ?

J’apprécie particulièrement les œuvres de Stefan Zweig, notamment Le Joueur d’échecs. Les Oiseaux se cachent pour mourir m’a laissé une impression durable pendant de nombreuses années.

Parmi les auteurs contemporains, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire Eckhart Tolle et ses réflexions sur la puissance du moment présent.

Magsoud Ibragimbekov est une personnalité créative exceptionnelle pour laquelle j’ai le plus grand respect. Si chaque habitant de la péninsule d’Apchéron avait lu son livre Il n’y eut jamais de meilleur frère, certaines traditions dépassées auraient peut-être disparu depuis longtemps. »

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